« Traiter sécurité du personnel et sécurité ferroviaire avec le même niveau d’exigence »

Véronique Crété est responsable de l’Agence de Prévention Santé & Sécurité au Travail de la SNCF. Elle travaille à la direction du programme transformation managériale sécurité au travail de la société ferroviaire. Elle a participé à l’élaboration d’un programme co-construit avec la chaire : en deux ans, plus de 10 000 managers de la SNCF ont été formés aux enjeux de la sécurité au travail.

 

Quels sont les principaux enjeux des cheminots en matière de santé et de sécurité ?

Les enjeux en santé et sécurité du travail ne sont pas fondamentalement différents de ceux des autres salariés. L’enjeu est d’abord social et humain. Il s’agit d’éviter les blessés, les maladies professionnelles et les accidents mortels. L’enjeu est ensuite juridique : le risque pénal est de plus en plus important, avec l’obligation générale de résultats. Enfin, c’est un enjeu de développement : les donneurs d’ordre attendent aussi une performance en santé et sécurité qui peut faire la différence sur un appel d’offres. Une médiatisation de maladies professionnelles ou d’accidents trop nombreux entraîne une perte de confiance des clients. C’est l’image de SNCF qui est en jeu, car le lien très fort entre le niveau en santé et sécurité et la maîtrise de la production est de plus conscient dans notre société.

Mais il y a aussi des enjeux spécifiques, notamment l’enjeu métier : un métier SNCF aura nécessairement plus de crédibilité si les agents ne sont pas victimes d’accidents graves ou de maladies professionnelles. Cela permet d’attirer les jeunes et de capter de nouveaux talents.

Bien que ce ne soit pas un objectif premier, il y a aussi des considérations économiques. Les accidents de travail et les maladies professionnelles ont un coût direct et indirect (avec un rapport 1/6 – 5/6 pour SNCF). Le nombre de journées de production perdues est de l’ordre du million entre 2011 et 2015. Et les études économiques montrent qu’investir en santé et sécurité porte ses fruits.

La SNCF a décidé d’initier tous ses managers aux bases de la santé au travail. Pourquoi?

La sécurité a toujours été ancrée dans l’ADN des cheminots, mais c’était pour beaucoup d’entre eux la sécurité ferroviaire, la sécurité d’exploitation, la sécurité de nos clients, au détriment parfois de la sécurité des cheminots eux-mêmes.

En 2013, la comparaison avec d’autres grandes entreprises industrielles ou ferroviaires a mis en évidence un écart important entre notre taux de fréquence élevé et stagnant depuis 15 ans au niveau de 20/21 et celui des meilleures entreprises. C’est pourquoi, le président de la SNCF a impulsé un changement de culture. Il n’y a plus qu’une seule sécurité, sécurité du personnel et sécurité ferroviaire sont traitées avec le même niveau d’exigence. Le président a insisté sur le rôle du manager en prévention, bien au-delà de la responsabilité légale de l’employeur. L’action des managers pour produire en toute sécurité doit être soutenue et accompagnée. Si l’organisation et les procédures sont incontournables, les aspects humains sont essentiels. La posture des managers sur ce dernier sujet est déterminante.

La formation des managers co-construite avec le Cnam poursuit l’objectif de fédérer tous les collaborateurs autour d’une culture, d’un langage et d’un regard communs sur la question de la santé et de la sécurité au travail. Tous les managers et futurs managers de la SNCF, ainsi que les services d’appuis, tous grades et métiers confondus, ont été invités à suivre le module d’une journée de formation. En deux ans ce sont plus de 10 000 managers qui ont suivi cette journée avec un taux de satisfaction élevé et le satisfecit des organisations syndicales.

Que peut-on dire de l’impact de cette formation à ce stade ?

La prise de conscience des enjeux santé et sécurité a eu lieu à tous les niveaux de l’entreprise, venant réduire la primauté de la sécurité ferroviaire. Cela a permis de lancer des chantiers majeurs en s’appuyant sur le changement du culture comme celui des « règles qui sauvent », et de donner une nouveau souffle à la prévention de certains risques comme le risque routier, le risque alcool et autres produits psychoactifs avec une mobilisation et un changement de posture de l’ensemble des managers, des membres du COMEX aux chefs d’équipe.

Les nombreux établissements de production qui ont décliné les clés d’action proposées lors de la formation affichent depuis des taux de fréquence sensiblement à la baisse (de 20 à 50%). Ainsi, après une stagnation de 15 ans autour de 21, la baisse du taux de fréquence glissant sur 12 mois est amorcée et est de 17,5. Ces résultats demandent à se confirmer dans le temps mais il est sûr que le changement de culture demandé par notre président est amorcé.

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